
La semaine dernière, j’ai décidé de franchir le pas et de commencer sérieusement la « dégafamisation » de mon environnement numérique, c’est-à-dire trouver des alternatives aux outils proposés par les GAFAM, ces géants américains que sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft.
Les objectifs sont nombreux et variés :
- Protéger mes données en les hébergeant en France et non dans des outils Saas sur des serveurs américains voire pire
- Sortir de la logique « si c’est gratuit, c’est toi le produit », conserver mes données pour qu’elles ne servent plus à me présenter de la publicité ciblée ou à entraîner des modèles d’IA
- Rejoindre la communauté des ambassadeurs du libre, de l’open source et du souverain en explorant leurs solutions
- Quitter enfin ces réseaux sociaux sur lesquels je suis depuis 2004, soit depuis 22 ans… vingt-deux ans…
- Expérimenter afin de mieux pouvoir faire mon métier et ne plus conseiller forcément des solutions étrangères, et accessoirement comme je suis devenue conseillère municipale déléguée au numérique et que nous allons tenter de dégafamiser le SI de la ville, autant mettre les mains dedans !
Autant dire que ça ne sera pas facile, cela fait des décennies que j’utilise des solutions américaines gratuites ou peu chères, et je ne suis pas la seule. Alors pour ceux et celles que ça intéresse, je partagerai ici mon journal de bord, ce qui fonctionne bien ou moins bien, pourquoi je fais tel ou tel choix, etc.
Et si je commençais par les réseaux sociaux ?
J’ai commencé par ce qui aurait tout de suite un impact positif sur ma santé mentale et ma capacité à faire autre chose que de rester assise devant un écran : le F de GAFAM, autrement dit Facebook et autres réseaux sociaux.
Pourquoi quitter les réseaux sociaux ?
Il était temps de faire le point, je crois, et de reconnaître que la première et la dernière chose que je fais dans la journée, c’est regarder les réseaux sociaux sur mon smartphone pour voir si on lit mes publications, si on y réagit, s’il faut une fois de plus s’embarquer dans une bataille écrite pour convaincre des gens qui n’ont aucune envie d’être convaincus. Alors certes, je ne publiais pas forcément ce que je mangeais le midi et je pense même que certains de mes posts techniques ou politiques avaient peut-être un intérêt mais décidément non, rester accro aux likes, aux commentaires et aux partages, c’était impossible. Linkedin en particulier me rendait chèvre 🐐 avec ses algorithmes nécessitant de publier de plus en plus, invisibilisant les femmes au passage, bref le culte de la performance, je ne peux plus.
Comment quitter les réseaux sociaux ?
La bonne surprise, c’est que ce ne fut pas trop compliqué même s’il faut bien chercher dans les paramètres. J’ai mis un petit message d’adieu sur Instagram et Linkedin et j’ai supprimé mes comptes (même si certains ne le seront définitivement que dans 30 jours mais au moins, je n’y accède plus).
Le « hic » ce fut Facebook.

Je gère la page d’une association et celle de notre antenne politique locale. Or, impossible de les gérer sans avoir un compte personnel rattaché à ces pages. Qu’à cela ne tienne, j’ai passé une heure à supprimer tous mes contenus récents et à enlever toutes les notifications et bien sûr j’ai supprimé l’appli de mon smartphone. Je suis obligée de le garder pour gérer ces pages mais je ne suis pas obligée de consulter mon compte qui ne ressemble plus à rien pour d’éventuels curieux.
Est-ce qu’il faut quitter TOUS les réseaux sociaux ?
Je n’étais déjà plus sur X/Twitter depuis l’arrivée d’Elon Musk. J’ai essayé Qwice, une tentative de réseau social français, mais je n’ai pas réussi à m’y habituer donc je l’ai quitté aussi. Restait BlueSky sur lequel j’allais rarement :
BlueSky, ça ressemble à Twitter et d’ailleurs, ça a été lancé en 2019 en tant que projet interne à Twitter impulsé par Jack Dorsey. Le but était de créer un réseau social décentralisé (protocole AT). Pour aller vite, c’est devenu une entreprise en 2021, ouverture au public en 2023 et en 2026 il dépasse les 42 millions d’utilisateurs. En gros, tous les déçus de Twitter devenu X et dirigé par le mégalomaniaque d’extrême-droite Elon Musk ont accouru sur BlueSky.
Clairement, j’ai choisi de ne garder qu’un réseau social et c’est BlueSky parce que j’y suis des gens passionnants et que c’est encore un endroit agréable et assez respectueux pour l’instant. Par contre, je ne vous donne pas de lien vers mon profil parce que j’ai décidé d’y publier exactement tout ce que je veux ou de rester silencieuse pendant des semaines, sans jamais plus me préoccuper des likes ou du nombre d’abonnés.

Premiers effets notables
Eh bien sans surprise, ça fait du bien ! Quelques personnes autour de moi sont éberluées et j’adore ça : « Quoi, tu as quitté Linkedin ? C’est chaud quand même » – Bah non, c’est le bonheur 🙂 Plus jamais je ne lirai les énoncés des bullshit jobs genre « happiness manager » ou « facilitateur du changement » ou « créatrice d’externalités positives », plus jamais je ne verrai une pub pour la toute nouvelle banque qui accepte les cryptomonnaies tout en investissant massivement dans les énergies fossiles, plus jamais je ne me demanderai pendant 5 minutes si un post a été écrit par une IA ou non, etc. etc.
J’ai l’impression d’avoir échappé à un monstre, je sais que ça peut sembler exagéré mais je ressens vraiment du soulagement à avoir quitté cette compétition-là (ceux qui réussissent le mieux, ceux qui glorifient les 70H de travail par semaine, ceux qui essaient de vendre des bullshit apps, etc.). Ah et au passage, j’échappe enfin aux commentaires navrants sous les posts des gens que j’admire et qui me mettaient dans une colère noire, en premier lieu les climatosceptiques, les adeptes du statu quo et les avocats du diable.
J’ai un peu regretté Instagram pendant quelques jours parce que j’y suivais des gens sympas (musiciens, photographes, associations, etc.) mais je ne pouvais pas m’empêcher de publier dessus et cela me prenait beaucoup de temps (faire de belles photos, le texte, les hashtags, les filtres, les différences entre l’appli mobile et la version PC qui rendent dingue). Et du coup, je voulais des likes et pas que des likes de mes copines et mes nièces. Trop de pression pour absolument rien, bon débarras !
La seule chose que je regarde maintenant avant de dormir, c’est à la rigueur la météo du lendemain. Je dors bien mieux.
Au prochain épisode : changement d’e-mail, drive, agenda et navigateur
En cours : comment faire passer un PC portable Chromebook (Google) sur Linux (ou le détruire en fonction de comment ça va se passer lol).

Prévu après : trouver des alternatives à mes outils professionnels, créer le blog le plus économe possible en ressources (oui celui-ci), dompter le chat de Mistral AI (et ne l’utiliser que si nécessaire), abandonner Amazon (mon Everest tellement je déteste faire les magasins), etc.

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